En 2010, 27 % des pays avaient une politique solide sur les prix et les taxes de l'alcool. En 2019, ils étaient 78 %. Les lois nationales bougent lentement, alors un tel saut, ça se remarque.
Le même jeu de données raconte pourtant une histoire plus brouillonne. En 2019, moins d'un quart des pays avaient un vrai plan national sur l'alcool. Et 40 % n'en avaient aucun. Les gouvernements ont appris à tirer un seul levier, et ont laissé le reste du tableau de bord à peu près tel quel.
Je passe mes journées sur l'échelle individuelle : un verre, une soirée, une décision. J'ai lu cette étude parce qu'elle regarde l'autre bout, ce qu'un pays décide bien avant que quelqu'un ne remplisse un verre.
Ce qu'ils ont fait
Les chercheurs ont repris les données de 141 pays dans le Système mondial d'information sur l'alcool et la santé de l'Organisation mondiale de la Santé. Chaque pays a reçu un score sur l'Alcohol Preparedness Index (API), un indice validé qui mesure à quel point ses politiques sur l'alcool sont en place. Il couvre cinq domaines :
- les cadres de politique nationale
- la production, les prix et la fiscalité
- le marketing et la disponibilité
- l'alcool au volant
- le suivi et la surveillance
La question de départ était simple : de combien le score de chaque pays a-t-il bougé entre 2010 et 2019 ? L'équipe a regroupé les tendances par région. Puis une régression ajustée a testé trois caractéristiques pour voir lesquelles expliquaient ce changement : la taille de la population, l'Indice de développement humain et la consommation d'alcool par habitant.
C'est une étude écologique. Elle compare des pays entre eux. Elle peut donc cartographier les politiques, mais elle ne dit pas ce qu'une politique donnée a changé pour la santé de qui que ce soit.
Ce qu'ils ont trouvé
- Score global. L'API médian est passé de 57,0 en 2010 à 74,8 en 2016, puis il est redescendu à 67,8 en 2019. Toujours au-dessus du point de départ.
- Taxes. Les politiques solides sur les prix et les taxes sont passées de 27 % des pays à 78 %. Aucun autre domaine n'a bougé autant.
- Suivi. 47,5 % des pays avaient un suivi et une surveillance solides en 2019.
- Planification. Moins de 25 % avaient un plan national solide, c'est-à-dire une politique écrite et un plan d'action formel pour l'appliquer. 40 % n'avaient rien du tout.
- Marketing. Les contrôles ont pris du retard, surtout dans les régions à faible revenu.
- Population. Les pays plus peuplés ont moins progressé (β = -19,1, p < 0,05).
- Richesse et niveaux de consommation. Ni l'Indice de développement humain ni la consommation par habitant n'étaient liés de façon significative à l'ampleur du changement.
Ce dernier point m'a un peu surpris. J'aurais parié que les pays riches, ou ceux où l'on boit le plus, avanceraient plus vite. Pas dans ces données.
Ce que ça signifie
Pour les taxes, ça me paraît logique. Une taxe, c'est une décision, un ministère, et en prime elle rapporte de l'argent. Un plan national, lui, demande des dizaines de décisions entre plusieurs administrations, et quelqu'un pour tenir le tout jusqu'au bout. Je pense que l'écart vient de là. Mais l'étude ne teste pas pourquoi certains domaines ont avancé et d'autres non, alors prends ça comme ma lecture, rien de plus.
Même chose pour la population. Un grand pays, c'est plus de régions et plus d'intérêts à mettre d'accord. Là aussi, c'est mon interprétation, pas un résultat mesuré par les auteurs.
Les auteurs insistent sur un point qui compte, selon moi, plus que les chiffres phares : l'indice note si une politique existe, pas si quelqu'un l'applique. Un pays peut avoir un beau score sur le papier et ne pas faire grand-chose sur le terrain. Leur prochaine étape consiste à passer de l'existence des politiques à leur application réelle, en regardant d'abord les domaines les plus liés aux maladies du foie d'origine alcoolique. Des travaux antérieurs ont associé un cadre politique plus solide à moins de maladies du foie liées à l'alcool, de cancers du foie et de décès cardiovasculaires. Cette étude n'apporte rien de neuf sur ce lien. Elle montre où sont les trous.
Je vois la politique publique comme la couche extérieure de ton environnement de consommation. Elle fixe le prix en rayon, les pubs que tu croises, les horaires du magasin. J'ai déjà écrit que l'environnement autour de toi pèse plus lourd que la volonté, et la politique nationale en est la plus grosse pièce. Elle a quand même ses limites. Un audit en magasin à travers l'Europe a montré que 70 % des produits alcoolisés portent un avertissement, mais que seulement 0,3 % parlent de vrais dommages pour la santé. Avoir une règle, c'est une chose. Avoir une règle qui apprend quelque chose d'utile aux gens, c'en est une autre.
La couche intérieure, c'est la soirée elle-même. Aucun gouvernement n'y entre. Une taxe fixe le prix de la bouteille, mais elle n'a rien à dire au moment où la table s'emballe et toi avec. C'est pour cette couche-là que je construis AlcoBalance : en pleine soirée, tu vois ton rythme accélérer, tu vois où ton pic risque d'arriver, et tu décides si tu ralentis ou si tu continues. Quel que soit ton choix, tu le fais pendant la soirée, pas le lendemain matin. Aucune interdiction à la clé. La sobriété n'est pas le but. Ton rythme, si.
Les données s'arrêtent en 2019. Ce que j'aimerais voir maintenant, c'est si le recul amorcé après 2016 a continué.
Source : JHEP Reports, DOI



